Je soumets ici une rédaction faite dans le cadre d'un cours de philosophie. J'y illustre ma vision de l'éducation actuelle. J'invite ceux, rares, qui liront en entier ce texte à faire le commenter.
L'éducation est-elle régie par une idéolgie utilitariste?
Avec les récentes coupures budgétaires dont il fait l'objet, on peut se demander quelle importance revêt le système d'éducation dans notre société. Avec la récente réforme du système au Québec, des interrogations apparaissent sur la nature même de l’éducation que nous voulons donner à nos futurs citoyens, des interrogations telles que : L’éducation est-elle régie par une idéologie utilitariste? Je répondrai de façon très personnelle par l'affirmative, que c’est la situation actuelle. J’aborderai la question tout d'abord en définissant les termes de la question. Je ferai ensuite un bref historique de l'alternative à ce traditionnalisme telle que vue par Rousseau et ceux qui s'en inspirèrent, puis je metterai en lumière le caractàre fondamentalement utilitariste du systàme d'éducation traditionnel. Enfin, je donnerai un appercu de ce qui s'offre à nous, soit la voie du socio-constructivisme.
Je définirai tout d'abord les termes de la question afin d'en bien saisir les enjeux. L’éducation est définie comme ‘la mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain (1)’. Cette définition appelle un développement total, un épanouissement de l’apprenant. Quand au terme «idéologie», on l’utilise pour parler d’un système d’idées philosophiques, sociales, politiques, morales, etc., qui sont propres à un groupe, à un pays, à une époque (2). Donc l’idéologie de l’éducation serait la ligne de pensée suivie dans son application. Quant à l’utilitarisme, c’est une doctrine selon laquelle un acte est bon, non plus en lui-même, mais par ses conséquences, lorsque celles-ci contribuent au bonheur. Pour les tenants de l’utilitarisme, une bonne action est une action «rentable» et la morale devient un calcul d’intérêts individuels et sociaux (3). Donc cette idéologie serait celle du rendement, de l’intérêt pour la société, un simple calcul dont les variables ne prennent pas en compte l’action d’apprendre mais bien le résultat au bout du compte; la spécialisation visant un métier ou une profession bien précise.
L’éducation traditionnelle est définitivement régie par une idéologie utilitariste, conformément à la société qui l’est également. À notre époque. les résultats importent plus que le processus y menant. Les institutions forment maintenant des personnes fonctionnelles plutôt qu’autonomes intellectuellement, aptes à réaliser un travail précis mais pas nécessairement à prendre position judicieusement ou tout simplement penser par elles-mêmes. Des débats existent sur la suppression de la philosophie au CÉGEP en tant que matière de base obligatoire. Cela démontre clairement le désir d’une partie non négligeable de la population de restreindre la formation des jeunes au champ stricte de l’utile. L’apprenant est alors confronté à une multitudes de spécialités sans recevoir la vrai base: apprendre à apprendre et à apprendre à se questionner, à se remettre en question. Ces «compétences» primaires sont à la base d’une existence individuelle active et passionnée. En grugeant dans cette base, on mine les chances des jeunes d’arriver à un tel état de contrôle sur leur propre vie. Montaigne, qui inspira grandement Rousseau, l’a bien dit: « Il importe d’avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine.»
L'éducation conçue par Jean-Jaques Rousseau au cours du XVIII eme siècle est une révolution dans le domaine. On y considère l'élève comme une personne et non une personne en devenir seulement. Sa conception implique un enseignement mettant l'élève au premier plan, prennant en compte qu'il puisse et doit être heureux d'apprendre. Ses écrits furent adoptés par Johann Heinrich Pestalozzi qui a exploré comment ils pouvaient être mis en application dans une classe. Il inspira grandement Maria Montessori qui créa la maternelle. Elle y préconise la liberté active et, en la mettant en application, elle éduque des enfants étiquettés inéducables. Ce seul concept de liberté de l'enfant est en lui-même une grande avancée. Une collègue de Montessori, Helen Parkhurst démontre à nouveau la validité de ces théories en les appliquant en classe avec le plan Dalton, consistant à laisser les apprenants venir d'eux-même au professeur pour lui demander de lui enseigner telle ou telle chose qui l'intéresse. L'expérience est une franche réussite mais n'est pas reprise par le système. L'ordre établi règne, on a peur de l'anarchie, peur d'individus contrevenant par la pensée à la philosophie du rang bien droit: des individus qui pourraient en venir à contester. La liberté de choix des citoyens metterait en péril l'emprise du clergé et la confiance en le gouvernement et l'ordre pré-établi, donnerait lieu à l'anarchie, selon les autoritées dirrigeantes. Au même moment arrive la guerre froide lors de laquelle on veut à tout prix être compétitif avec les Japonais et les Russes. L'accent est alors mis sur le rendement et les grands pas de Montessori et Parkhurst ne sont plus mis en application que dans les écoles alternatives. L'éducation traditionnelle est donc franchement axée sur le rendement, la quantité, la productivité, l'aptitude à réaliser des taches ciblées, conformes et attachées aux valeurs dogmatiques d'autorité.
L'utilitarisme est partie intégrante du modèle traditionnel actuel; un système impliquant qu'une figure d'autorité transmette son savoir à des élèves qui sont tenus de l'accepter et de le digérer. Ce modèle est, en quelque sorte, calqué sur celui de l'Église. On peut facilement associer l'enseignant debout devant la classe d'élèves qui s'occupent de recevoir la Connaissance au curé devant ses ouailles, transmettant la Vérité, la volonté de Dieu. Cet ordre établi est partie intégrante du paradigme de notre époque, de ces Véritées qu'on ne pense tout simplement pas à contester. Le modèle traditionnel est si solidement implanté que les élèves eux-mêmes l'ont absorbé. Par exemple, combien de fois un enseignant de mathématiques aura-t-il à répondre à cette question ultime de la part de ses élèves: «Mais à quoi est ce que tout ça va me servir plus tard hein? Je n'aurai jamais à utiliser tel ou tel théorème dans mon métier!» Et que répondre? Non biensur, la plupart de ces jeunes n'auront probablement jamais besoin de ces règles mathématiques au cours de leur vie de travailleur, cependant s'est-on attardé à savoir si les mathématiques pouvaient avoir d'autres applications que celle évidentes de domaines scientifiques ou comptables? S'est-on attardé à dire que les mathématiques n'étaient pas seulement un ensemble de règles rigides? Les mathématiques sont en fait un monde de logique enrichissante, non seulement par son utilité mais surtout pour le processus qu'elle engendre dans les esprit; le processus de pensée abstraite. Non, on ne sait pas quoi répondre. On laisse les jeunes s'embourber dans un univers dogmatique gouverné par une autorité sécurisante certes, mais aussi aliénante et étouffante.
Dans un univers aussi changeant que celui de notre époque, une société se doit d'être constituée d'individus capables d'adaptation, pas seulement de gens formés pour une tâche seulement. Une personne changera de carrière en moyenne quatre fois au cours de sa vie d'adulte. N'est-ce pas là la preuve de l'urgence de pouvoir se réorienter judicieusement et non de rester campé solidement sur ses talons, attendant que ça passe? Chaque jour une nouvelle découverte risque de révolutionner tel ou tel secteur, il est donc primordial d'en être conscient et de savoir réagir à cette révolution, pour sa propre survie économique et sociale.
Nous entrons maintenant dans l'ère du socio-constructivisme. Le socio-constructivisme n'est pas une philosophie de l'éducation mais bien une théorie de la pédagogie fondée sur des données psychologiques. Cette théorie est fondée, ainsi que la maternelle de Maria Montessori sur l'éducation par projets, une stimulation sensorielle et une plus grande participation de l'apprenant à sa propre formation académique. Avec cette approche, on passe du paradigme de l'enseigmement au paradigme de l'apprentissage. Autrement dit, on fonde l'éducation sur l'apprenant plutot que sur un transfert de connaissance. Seulement, il s'agit encore là de la même configuration physique de la classe. Le professeur est toujours devant la classe et les élèves toujours soumis à son approbation et surtout à l'appréciation qu'il fait de leur travail. L'approche socio-constructiviste semble donc être une sorte de compromis entre le système tel que connu et accepté et l'approche progressiste de Rousseau et Montessori. Ce changement est lui aussi très questionné. Il importe de se poser sans cesse des questions sur la nature de l'éducation qu'on fournit aux jeunes. L'éducation étant un pillier essentiel, le fondement d'une société en santé.
Nous avons survolé sommairement les causes ayant mené à notre modèle traditionnel d'éducation actuel. De même nous avons vu la nécéssité d'une société constemment en plein changement telle que la nôtre de former des gens capables de penser par eux-mêmes et non des personnes statiques, imperméables au changement. Je déclare donc que oui! L'éducation est régie par une idéologie utilitariste et que cela doit changer! Nous sommes sur la bonne voie avec l'alternative de la pédagogie socio-constructiviste qui émerge enfin, qui fait de l'éducation l'affaire d'un apprentissage plutot que celui d'un enseignement. Nous valorisons ainsi l'éducation permanente, c'est à dire apprendre à nos jeunes à apprendre, de sorte qu'ils le fassent toute leur vie, pas seulement sur les bancs d'école.
(1), (2), et (3): Dictionnaire encyclopédique